Dans une vente en viager occupé, le propriétaire vend son bien mais conserve le droit d'y vivre à vie ; l'acquéreur paie un bouquet à la signature puis une rente régulière jusqu'au décès du vendeur.
L'acquéreur (débirentier) achète à un prix inférieur au marché, cette décote compensant l'occupation du logement par le vendeur (crédirentier). Le nouveau propriétaire ne peut prendre possession des lieux, et n'arrête de payer la rente, qu'au décès du crédirentier.
Pourquoi l'espérance de vie du vendeur est-elle si importante ?
Parce que la vente en viager repose sur le principe d'aléa : personne ne connaît à l'avance la durée exacte du versement des rentes, qui dépend entièrement de la durée de vie réelle du vendeur.
Qu'est-ce que le principe d'aléa, et quand la vente peut-elle être annulée ?
L'aléa est un élément constitutif du viager : sans lui, la vente ne tient pas. C'est le cas si le vendeur est malade et que l'acheteur le savait au moment de la signature, ou si le vendeur décède dans les 20 jours suivant la signature d'une maladie dont il était déjà atteint — l'article 1975 du Code civil prévoit alors la nullité de la vente.
Quel rôle joue l'espérance de vie dans le calcul du prix ?
Elle influence deux paramètres : la décote appliquée au prix de vente, et le montant final réellement payé par l'acquéreur sur la durée totale de la vente.
Plus le crédirentier est jeune, plus son espérance de vie résiduelle est longue, plus le débirentier sera privé longtemps de la pleine disposition du bien — et donc plus la décote appliquée au prix est importante.
Pourquoi le prix final n'est-il jamais connu à l'avance ?
Le montant total réellement versé (bouquet + somme des rentes) dépend de la durée de vie réelle du vendeur, qui peut être plus courte ou plus longue que l'estimation statistique utilisée au moment de la vente — c'est précisément pour que cette estimation soit la plus juste possible que les professionnels s'appuient sur des tables de mortalité solides.
Quelles tables de mortalité sont utilisées dans le viager ?
Trois types principaux : les tables de mortalité classiques de l'Insee, les tables de mortalité par génération (TGF05/TGH05), et le barème Daubry.
Les tables de mortalité classiques de l'Insee
Elles reflètent les décès observés durant une période passée (2012-2016 pour la dernière édition disponible), sans anticiper les progrès futurs de l'espérance de vie liés aux avancées médicales.
Les tables de mortalité par génération TGF05/TGH05
Ces tables prospectives (TGF05 pour les femmes, TGH05 pour les hommes) extrapolent les données passées pour estimer la durée de vie future, en intégrant l'allongement attendu de l'espérance de vie. Elles sont réglementaires pour les assureurs dans le cadre des rentes viagères liées à l'assurance-vie. Chez Skarlett, ce sont ces tables que nous utilisons pour estimer l'espérance de vie résiduelle de nos clients, les jugeant plus rigoureuses que leurs alternatives.
Le barème Daubry
Cette alternative, créée par Jacques Daubry, combine les tables TG05 avec des données issues de plusieurs milliers de ventes en viager observées sur les trente dernières années. Couramment utilisé par certains agents immobiliers, ce barème reste toutefois peu transparent sur sa méthodologie exacte, sa construction précise n'étant connue que de son auteur — une raison pour laquelle nous préférons ne pas l'utiliser.
Pourquoi le sexe et la situation matrimoniale comptent-ils dans le calcul ?
Les femmes ayant statistiquement une espérance de vie plus longue que les hommes, et le fait d'être en couple influençant également la mortalité résiduelle, le calcul diffère selon le sexe et la situation matrimoniale du vendeur.
Une table de mortalité par génération présente, pour chaque âge et chaque année de naissance, l'espérance de vie résiduelle statistique correspondante — exprimée en nombre d'années restant à vivre.
Extrait de la table TGF05 de l'Insee (espérance de vie résiduelle des femmes, en années) :
Lecture : statistiquement, une femme née en 1954 et âgée de 68 a une espérance de vie résiduelle de 24,92 années.